
L’appel aux « villes mortes » résonne avec une acuité particulière au Cameroun, au lendemain d’un scrutin présidentiel contesté. La réélection du président Paul Biya en octobre dernier, contestée par l’opposant Issa Tchiroma Bakary, a plongé le pays dans une crise post-électorale marquée par des tensions vives et une répression accrue .
Dans ce contexte, l’appel aux villes mortes apparaît comme une expression de désespoir face à un système politique perçu comme verrouillé, mais aussi comme une stratégie risquée aux conséquences potentiellement désastreuses.La victoire de Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quatre décennies, a été accueillie avec scepticisme par une partie importante de la population. Issa Tchiroma Bakary, arrivé deuxième selon les résultats officiels, revendique la victoire et dénonce des fraudes massives . Cette situation a conduit à des manifestations dans plusieurs villes, notamment à Douala et Garoua, où des affrontements avec les forces de l’ordre ont été signalés.
La répression de ces manifestations a été dénoncée par des organisations internationales et des gouvernements étrangers, suscitant des inquiétudes quant au respect des droits humains.
Dans ce climat de crise, l’appel aux villes mortes émane d’une volonté de contester la légitimité du pouvoir en place et de forcer un dialogue national inclusif .Il traduit un ras-le-bol face à la corruption, au chômage élevé, et à la crise anglophone persistante.
Cependant, cette stratégie comporte des risques considérables dans un contexte déjà marqué par la violence et la méfiance envers les institutions.Le principal risque de l’appel aux villes mortes est l’aggravation de la situation économique et sociale.
En paralysant l’activité économique, ce type de mobilisation affecte en premier lieu les populations les plus vulnérables : petits commerçants, travailleurs informels, et familles vivant dans la précarité. Des pillages de commerces et de stations-service ont déjà été signalés, menaçant des milliers d’emplois et fragilisant davantage une économie déjà mise à mal par les crises successives Sur le plan sécuritaire, l’appel aux villes mortes risque d’exacerber les tensions et de provoquer une escalade de la violence.
Les forces de l’ordre, déjà déployées en nombre dans les villes, pourraient réagir de manière disproportionnée face à des manifestations perçues comme une menace à l’ordre public. Le risque d’arrestations arbitraires et de violations des droits humains est réel, comme en témoignent les condamnations internationales et les appels à la libération des personnes détenues.
Face à ces défis, il est impératif de rechercher des alternatives à l’appel aux villes mortes, qui puissent permettre d’exprimer les revendications de la population tout en préservant la stabilité et la cohésion sociale. Un dialogue national inclusif, associant toutes les forces politiques et sociales, apparaît comme une nécessité pour sortir de la crise .
Ce dialogue devrait aborder les questions de gouvernance, de transparence électorale, de lutte contre la corruption, et de résolution de la crise anglophone.Parallèlement, il est essentiel de mettre en œuvre des mesures d’urgence pour soutenir les populations les plus vulnérables, notamment en matière d’accès à l’emploi, à l’éducation et à la santé.La communauté internationale a un rôle important à jouer dans ce domaine, en apportant une aide financière et technique aux initiatives de développement et de consolidation de la paix.
L’appel aux villes mortes au Cameroun post-électoral est un signal d’alarme qui ne peut être ignoré. Il révèle une crise profonde de confiance entre le pouvoir et la population, et un besoin urgent de changement. Cependant, cette stratégie comporte des risques considérables, qui pourraient aggraver la situation économique et sociale du pays, et conduire à une escalade de la violence. Il est donc impératif de privilégier des alternatives constructives, fondées sur le dialogue, la justice, et le respect des droits humains, afin de construire un avenir plus stable et prospère pour tous les Camerounais .
Par Franck Duclair Biye,DP La Tribune Bilingue
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