
Il est des peuples dont la force ne réside ni dans le nombre, ni dans la puissance matérielle, mais dans la vigueur de leur identité, la solidité de leurs racines et la capacité de laisser une empreinte durable sur l’histoire. Les Koh Zimé, peuple de la grande forêt d’Afrique centrale, appartiennent à cette catégorie rare. Depuis plusieurs décennies, ils démontrent qu’au cœur des arbres séculaires, des traditions ancestrales et d’un territoire façonné par la mémoire, naissent des dynamiques capables d’influencer une région tout entière.
Et l’histoire retiendra que, pour la sixième fois, la forêt va parler. Elle va vibrer. Elle va rayonner.
Du 15 au 21 décembre 2025, la ville historique de Lomié deviendra l’épicentre de cette effervescence culturelle, accueillant un rendez-vous désormais incontournable : le Festival du peuple Koh Zimé.
Un peuple, une identité, plusieurs ethnies apparentées
Dans un continent où les crises identitaires interrogent la place des valeurs traditionnelles dans un monde globalisé, les Koh Zimé offrent un contre-exemple lumineux.
Leur langue, riche de seize dialectes, est à elle seule un continent miniature : une constellation de sons, de récits et de savoirs, qui témoigne de la finesse sociale et culturelle de ce peuple transfrontalier présent au Cameroun et dans plusieurs pays voisins.
À travers leurs rites, leur pharmacopée, leurs chants, leurs récits initiatiques ou leur art de la parole, les Koh Zimé perpétuent une tradition qui ne cesse d’interagir avec la modernité. Ils ne se contentent pas de conserver : ils réinventent, ils transmettent, ils dynamisent.
Un festival né pour rassembler, devenu un symbole national
Depuis sa création en 2020, le festival Koh Zimé s’est imposé comme bien plus qu’un simple événement.
Il est devenu un mouvement culturel, un espace de renaissance identitaire et, pour beaucoup, une fierté collective.
D’édition en édition, des thématiques fortes telles que :
« Le Réveil du peuple Koh Zimé »,
« La Marche culturelle »,
ont permis de fédérer la jeunesse, de réactiver les liens communautaires et de rappeler que la culture est un socle stratégique pour le développement.
L’édition 2024 à Yokadouma a marqué un tournant. Jamais un festival n’avait suscité une telle mobilisation dans la région : expositions, danses du terroir, ateliers, espaces de transmission aux jeunes, valorisation des plantes médicinales…
Yokadouma a vécu au rythme d’un peuple qui se raconte, s’affirme et se projette dans l’avenir.
Lomié 2025 : retour aux sources, défi d’ampleur
Cette année, le festival revient dans l’un de ses berceaux : Lomié.
Une ville chargée d’histoire, de mémoire et de symboles, où chaque sentier raconte un pan de la civilisation Koh Zimé.
Accueillir l’événement là où tout a commencé est plus qu’un honneur :
c’est un engagement, un défi, une volonté claire de dépasser les éditions précédentes.
Lomié devra « surpasser la Marche culturelle des Koh Zimé ».
Non pas en répétant, mais en innovant.
Non pas en égalant, mais en magnifiant.
Car ici, la culture n’est pas un spectacle : elle est une respiration, une manière d’être au monde.
Un phare pour l’Afrique centrale
Dans un contexte continental marqué par la recherche d’ancrages identitaires solides, le festival Koh Zimé fait figure de référence.
Il offre :
- un espace de valorisation du patrimoine immatériel ;
- un laboratoire de dialogue intergénérationnel ;
- une plateforme de rapprochement entre traditions et modernité ;
- un exemple de mobilisation communautaire rare dans la sous-région.
Au-delà des danses et des chants, c’est une philosophie de vie qui se présente au monde : le respect de la forêt, l’harmonie entre l’homme et la nature, l’art de vivre ensemble malgré la diversité dialectale, l’importance de la mémoire comme moteur d’avenir.
Quand un peuple écrit sa propre histoire
À l’heure où de nombreux peuples cherchent leurs repères, les Koh Zimé démontrent que l’identité n’est pas un héritage figé, mais une force vivante.
Ils montrent qu’un peuple qui connaît ses racines n’a jamais peur du futur.
En ce mois de décembre 2025, la forêt parlera à nouveau.
Lomié deviendra le poumon culturel du Cameroun.
Et le peuple Koh Zimé, fidèle à son dynamisme légendaire, écrira un nouveau chapitre de son histoire : un chapitre que la sous-région Afrique centrale n’est pas prête d’oublier.
Cyrille Mempouth Soua,
Depuis les rives de la Bangué, à Yokadouma
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