
À l’occasion du méga meeting du RDPC tenu le 9 octobre 2025 à Abong-Mbang, le sénateur Benjamin AMAMA AMAMA, président de la commission départementale de campagne RDPC pour le Haut-Nyong, a livré une lecture singulière et profondément spirituelle du slogan de campagne du candidat Paul Biya : « Grandeur et Espérance ». Un discours dense, fortement imprégné de références religieuses, qui éclaire à la fois la philosophie du message politique et les ressorts du vote dans la Région de l’Est.
Un slogan élevé au rang de principe théologique
D’entrée de jeu, le sénateur AMAMA inscrit la compétition électorale dans une dimension transcendante. Selon lui, le pouvoir politique tire son origine de Dieu, et la longévité du président Paul BIYA à la tête de l’État camerounais serait la manifestation d’une volonté divine assumée. En s’appuyant sur les Saintes Écritures et sur l’épisode biblique opposant Saül à David, l’orateur développe l’idée selon laquelle il ne revient pas aux hommes de mettre fin au règne de « l’oint de l’Éternel ».
Cette lecture confère au slogan « Grandeur et Espérance » une portée qui dépasse le simple registre communicationnel. Le message de campagne devient un appel à l’adhésion spirituelle autant qu’un acte politique, particulièrement adressé à un électorat majoritairement croyant.
La « Grandeur » : une élévation morale comme fondement du pouvoir
Pour le sénateur, la « Grandeur » ne saurait être assimilée à l’opulence ou à la démonstration de force. Elle renvoie à une élévation morale fondée sur la crainte de Dieu, la justice, l’amour du prochain et le rejet du mal. Dans cette vision, un dirigeant véritablement grand est humble, compatissant et tourné vers le service des autres.
Cette élévation spirituelle est présentée comme la clé de la prospérité collective : routes, hôpitaux fonctionnels, fonctionnaires bien rémunérés et investissements utiles découleraient naturellement d’une gouvernance moralement assainie. Une approche idéalisée, qui place l’éthique au cœur du développement, mais qui laisse en suspens la question des mécanismes concrets de réalisation.
L’« Espérance » : la certitude d’un avenir promis
L’« Espérance », seconde composante du slogan, est définie comme une certitude et non un simple espoir. À travers ce concept, le président-candidat invite les populations à croire que les changements annoncés sont inéluctables, car d’inspiration divine. Le sénateur souligne d’ailleurs que ces annonces, portées par un homme de 93 ans, seraient le signe d’une transformation imminente plutôt que d’un essoufflement politique.
Dans ce registre, la foi devient un instrument de mobilisation et de réassurance, destiné à neutraliser les doutes et à renforcer la confiance dans la continuité du pouvoir.
Un discours mobilisateur dans un bastion politique acquis
Au terme de la campagne et du scrutin présidentiel de 2025, la Région de l’Est a, une fois de plus, confirmé son statut de bastion électoral du RDPC. Le candidat Paul BIYA y a enregistré un vote massif, fidèle à une tradition électorale solidement ancrée depuis plusieurs décennies. Ce résultat apparaît comme l’aboutissement logique d’un discours qui mêle habilement foi, fidélité politique et culture de la stabilité.
Ce vote ne relève pas uniquement de l’adhésion idéologique au message religieux développé par les élites locales. Il est aussi le produit d’une longue histoire politique marquée par la discipline partisane, l’alignement institutionnel et un attachement presque coutumier au parti au pouvoir.
Entre conviction, habitude et continuité
Si la publication du sénateur Benjamin AMAMA éclaire les ressorts spirituels et symboliques du slogan « Grandeur et Espérance », elle met également en lumière une réalité politique plus large : dans la Région de l’Est, le choix électoral s’inscrit davantage dans la continuité que dans la rupture. La sacralisation du pouvoir, telle que présentée dans ce discours, contribue à consolider cette permanence en réduisant l’espace du débat contradictoire.
En définitive, le vote massif en faveur de Paul BIYA dans la Région de l’Est apparaît à la fois comme une adhésion renouvelée au message porté et comme la reconduction d’une tradition politique bien établie. Reste désormais à observer si la « Grandeur » promise et l’« Espérance » annoncée sauront se traduire, au-delà des urnes et des slogans, dans le vécu quotidien des populations.
Par Cyrille MEMPOUTH SOUA
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