
Invité sur le plateau de CRTV News, le Ministre des Finances a troqué la langue de bois contre une offensive médiatique musclée. Entre deux chiffres sur la dette, Louis Paul Motaze a renvoyé les Camerounais à leurs propres contradictions : peut-on exiger des routes sans accepter l’emprunt ?
Le ton est monté d’un cran sur les antennes de la CRTV News. Face aux caméras de la télévision nationale, Louis Paul Motaze, Ministre des Finances, a choisi de sortir des rapports feutrés pour s’adresser directement à l’opinion publique. Son message est clair : le Cameroun n’est pas dans l’abîme financier, et chaque franc emprunté a un visage, celui du développement.
Le défi des chiffres : « Ce n’est pas moi qui le dis »
Droit dans les yeux des téléspectateurs, le ministre a lancé un défi aux « sceptiques du clavier » : « Allez sur Internet, posez-vous des questions sur l’endettement des pays africains ». Une assurance qui repose sur un socle statistique solide. Selon les récentes projections du FMI (Fonds Monétaire International), le Cameroun figure effectivement dans le top 10 des pays les moins endettés d’Afrique subsaharienne.
Avec un taux d’endettement public stabilisé autour de 44 % du PIB, Yaoundé reste bien en deçà du seuil critique de 70 % fixé par la norme communautaire de la CEMAC. Un argument de poids pour le ministre qui refuse de laisser s’installer un climat de panique financière.
Le paradoxe de la route : l’hypocrisie démasquée ?
Mais au-delà de la macro-économie, c’est sur le terrain du quotidien que Louis Paul Motaze a porté l’estocade. Maniant l’ironie avec aisance, il a souligné le paradoxe camerounais : le désir de ne plus s’endetter se heurte brutalement à l’exigence de modernité.
« Ce sont les mêmes qui vont vous dire : la route qui va chez moi n’est pas bonne », a-t-il martelé. Par cette phrase, il rappelle que les infrastructures lourdes, à l’instar des projets routiers dans l’Adamaoua financés à hauteur de 41,2 milliards de FCFA, ou les 2 031 milliards de FCFA d’investissement public prévus pour 2026, sont quasi-exclusivement portées par ces emprunts tant décriés.
Une pédagogie du risque maîtrisé
Si la sortie du ministre se veut rassurante, elle ne masque pas l’ampleur du défi. Comme le rappelle Jeune Afrique, si le stock de dette est gérable, c’est le service de la dette, le remboursement effectif qui reste sous haute surveillance, avec des échéances de 573 milliards de FCFA dues au FMI dès 2026.
En choisissant le canal de la CRTV News pour cette mise au point, Louis Paul Motaze a tenté une opération de pédagogie économique : transformer la perception de la dette d’un « fardeau » en un « levier ». Reste à savoir si, au-delà des chiffres d’Internet, les usagers des routes dégradées se laisseront convaincre par cette équation budgétaire.
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